L'Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec a publié le 4 septembre 2026 son relevé d'août pour la région métropolitaine de Québec. Un chiffre y mérite plus d'attention qu'il n'en reçoit : 25 % des ventes conclues cet été ont comporté au moins une révision de prix à la baisse, contre 20 % un an plus tôt.
C'est une bonne mesure. Elle est aussi, par construction, aveugle à une partie du marché — et c'est ce que ce relevé cherche à cerner.
Ce que dit le relevé d'août
L'activité ne faiblit pas. 677 ventes résidentielles ont été conclues dans la RMR de Québec en août, en hausse de 6 % sur un an — le deuxième meilleur mois d'août en vingt-cinq ans, derrière celui de 2021.
Ce qui change, c'est l'offre en face. Les inscriptions en vigueur bondissent de 27 % sur un an, avec un écart marqué par catégorie :
| Catégorie | Inscriptions en vigueur (sur un an) | Prix médian (sur un an) |
|---|---|---|
| Copropriétés | +51 % | +8 % |
| Unifamiliales | ~+20 % | −2 % |
| Plex | ~+20 % | +10 % |
Le prix médian d'une unifamiliale s'établit à 425 000 $ sur la Rive-Sud, 460 000 $ dans l'agglomération de Québec et 560 000 $ en périphérie nord. Le délai de vente tourne autour d'un mois pour les trois segments.
Et le comportement des vendeurs suit. La première baisse de prix est en moyenne de 3 % pour une copropriété et de 4 % pour une unifamiliale, consentie après 41 jours dans le premier cas et 35 jours dans le second. L'économiste de l'APCIQ, Hélène Bégin, résume : les vendeurs ajustent désormais plus vite le prix affiché lorsque c'est nécessaire.
Ce que le compteur mesure vraiment
Une révision de prix est un événement observable parce qu'il est public. Le prix a été affiché, il a été modifié, la modification est enregistrée. C'est ce qui rend la statistique possible.
Elle porte donc sur une population précise : les propriétés inscrites. Un vendeur qui n'a jamais affiché de prix n'a aucune révision à faire, et n'entre dans aucune ligne de ce tableau. Ce n'est pas un défaut de la mesure — c'est son périmètre, et l'APCIQ le nomme sans ambiguïté en désignant sa propre base, la base de données provinciale Centris.
Autrement dit : le taux de révision ne mesure pas la difficulté du marché, il mesure le coût de l'exposition. Trente-cinq jours d'affichage, puis quatre pour cent de moins. Ce sont deux nombres qui ne concernent que ceux qui ont affiché.
Ce que voit l'autre source, et ce qu'elle ne dit pas
Il existe au Québec une seconde mesure, et elle a une portée différente. Le Registre foncier publie chaque mois, sur Données Québec, le nombre de ventes par plage de prix, de transferts de propriété et d'hypothèques. Le gouvernement la présente comme « la source officielle, complète et fiable de données sur le marché immobilier », parce que le registre existe précisément pour assurer la publicité des droits qui touchent les immeubles situés au Québec.
Sa couverture est donc plus large que celle d'un système d'inscription : elle englobe les ventes conclues sans inscription publique, les cessions, les déclarations de transmission, les donations. La période la plus récente disponible est juillet 2026, mise en ligne le 17 août.
Mais elle ne dit rien du prix demandé, ni du délai, ni des révisions — un registre enregistre ce qui a été conclu, pas ce qui a été négocié. Aucune des deux sources ne voit ce que voit l'autre. L'une décrit finement un sous-ensemble, l'autre dénombre l'ensemble sans le décrire.
Ce que ça change pour un vendeur
L'écart entre ces deux mesures est l'angle mort du marché, et il est mesurable : au Québec, environ une transaction résidentielle sur cinq se conclut sans intermédiaire licencié. Cette part n'apparaît ni dans le taux de révision, ni dans le délai de vente, ni dans le prix médian affiché.
Ce que ces vendeurs évitent n'est pas le prix — c'est la trace. Un immeuble affiché puis révisé porte son historique. Un immeuble affiché longtemps porte une question. Pour un immeuble à revenus, dont les états financiers, les baux et le rôle de perception se dévoilent au fil de la négociation, cette trace a une valeur négative propre, indépendante du prix final.
Ce n'est pas un argument contre l'affichage, qui reste le canal le plus rapide pour beaucoup de biens et le seul qui donne accès à un large bassin d'acheteurs. C'est un argument pour savoir ce qu'on achète en affichant : de la portée, contre de la visibilité sur son propre calendrier.
Ce qu'il faut retenir
Le relevé d'août décrit un marché qui se rééquilibre : plus d'offre, des prix qui tiennent inégalement selon la catégorie, et des vendeurs qui corrigent plus vite. C'est utile et c'est solide.
Il faut simplement lire la dernière ligne pour ce qu'elle est. Vingt-cinq pour cent des ventes affichées ont exigé une baisse. On ne sait pas ce qu'ont fait les autres — et « les autres », au Québec, c'est de l'ordre d'une transaction sur cinq.