Le mois d'août 2026 a été compté deux fois, par deux instruments, à onze jours d'intervalle. Le compte le plus rapide est arrivé le 4 septembre ; le compte le plus complet, le 15. Entre les deux, le mois avait été raconté.
Deux publications, onze jours d'écart
Le 4 septembre 2026, l'APCIQ a diffusé ses communiqués mensuels par région métropolitaine. Celui de la RMR de Montréal rapporte 2 853 ventes résidentielles en août, en baisse de 13 % sur un an, et 20 128 inscriptions actives, en hausse de 18 %. Le communiqué nomme sa source sans détour : les statistiques sont établies « d'après la base de données provinciale Centris des courtiers immobiliers ».
Le 15 septembre, le Registre foncier du Québec a mis en ligne ses chiffres d'août pour l'ensemble de la province : 12 266 ventes (−11,9 % sur un an), 16 061 transferts de propriété (−8,9 %), 21 386 hypothèques (−2,2 %) et 629 actes de difficulté financière (+6,6 %).
Le même jour, l'Association canadienne de l'immobilier publiait son relevé national d'août : ventes en recul de 0,7 % d'un mois à l'autre et de 6,9 % sur un an, 4,8 mois d'inventaire — quatrième mois consécutif au même niveau —, un rapport ventes/nouvelles inscriptions à 49,1 % contre 51,1 % en juillet, un indice des prix des propriétés MLS® en repli de 3,0 % sur un an et un prix moyen national de 668 219 $, en hausse de 0,6 %.
Trois parutions, deux dates. Et une différence de forme qui pèse autant que la différence de date. L'APCIQ et l'ACI publient des communiqués : un titre, un économiste en chef cité, un fil de dépêches, des rédactions qui reprennent. Le Registre foncier met à jour des fichiers sur le portail Données Québec. Les sept ressources du jeu de données portent toutes la même date de modification, le 15 septembre 2026. Pas de titre, pas de citation, pas de dépêche.
Ce que chaque compteur couvre, exactement
Ces deux séries ne sont pas deux mesures concurrentes du même objet. Elles mesurent deux objets différents, et chacune le dit.
Centris recense des mandats de courtage. Une propriété entre dans la base quand un courtier inscrit y saisit une fiche ; elle en sort quand la transaction se conclut ou que le mandat expire. C'est un registre de l'activité de courtage, tenu par la profession, et il est excellent à cela.
Le Registre foncier recense des actes publiés. La définition officielle du transfert de propriété est large : il « peut être un acte de vente, une cession d'immeuble, une déclaration de transmission ou une donation d'une propriété », et c'est l'étape où les municipalités perçoivent le droit de mutation. La ligne « ventes », elle, couvre « tous types de propriétés confondus » — unifamiliale, plex, copropriété, et le reste.
Pourquoi on n'obtient rien en soustrayant
C'est l'erreur que la juxtaposition appelle, et elle ne tient pas dix secondes.
12 266 ventes au Registre foncier pour la province en août, 2 853 ventes résidentielles à Montréal selon Centris : les deux nombres n'ont ni le même territoire, ni le même périmètre de propriétés. Le premier additionne toutes les catégories d'immeubles sur tout le Québec ; le second ne compte que le résidentiel de courtage dans une région métropolitaine. Et le transfert de propriété inclut des actes qui ne sont pas des ventes de marché du tout.
À l'échelle provinciale, l'APCIQ a rapporté le 14 juillet 27 296 transactions résidentielles au deuxième trimestre, en baisse de 5 % sur un an, également tirées de Centris. Là non plus, la différence avec la série du Registre foncier sur le même trimestre ne se lit pas directement : les périmètres divergent.
L'écart entre les deux instruments ne se calcule pas par une soustraction de manchettes. Il se calcule par un rapprochement, sur des périmètres résidentiels rendus comparables. C'est exactement ce travail que Dilimo publie dans son baromètre du hors-marché.
Le fait que ce calendrier rend visible
Environ une transaction résidentielle sur cinq se conclut au Québec sans intermédiaire licencié — estimation Dilimo, construite en rapprochant les ventes résidentielles du Registre foncier, via JLR, des ventes Centris-APCIQ.
Croisez ce ratio avec le calendrier ci-dessus et vous obtenez une conséquence qui n'a rien d'une opinion :
Pendant onze jours chaque mois, le seul compte public du mois écoulé est celui qui exclut ce cinquième par construction. Le compte qui l'inclut arrive ensuite, sans communiqué.
Ce n'est reprocher quoi que ce soit à personne. L'APCIQ compte ce qu'elle a mandat de compter, et le fait vite. Le Registre foncier n'a pas vocation à faire de la nouvelle. Mais l'ordre d'arrivée a un effet mécanique : le récit mensuel du marché québécois est écrit dans la fenêtre où seul le marché de courtage est chiffré. Quand le compte exhaustif paraît, le papier est déjà sorti.
Ce que le compteur rapide apporte, et il apporte beaucoup
Un point d'équilibre, parce qu'il est mérité. La série Centris-APCIQ est mensuelle, régionale, désaisonnalisée, commentée par des économistes identifiés, comparable d'une RMR à l'autre et d'une année à l'autre. Elle donne l'inventaire actif, le délai de vente, le rapport au prix demandé — des indicateurs que le Registre foncier ne produit pas et ne prétend pas produire. Sans elle, personne au Québec ne saurait quoi que ce soit du marché avant le 15 du mois suivant.
Le mandat de courtage a par ailleurs un effet que ce texte ne cherche pas à minorer : il rend une propriété visible. Une inscription Centris expose un immeuble à l'ensemble des courtiers et de leurs acheteurs, dans un cadre professionnel encadré par l'OACIQ, avec des obligations d'information et un recours. C'est un service, et c'est aussi ce qui fait que ces ventes sont dénombrables en premier.
Ce qu'il faut en retenir si vous lisez le marché
Les manchettes mensuelles décrivent fidèlement la partie du marché qui passe par un courtier, et elles la décrivent onze jours avant que le reste ne soit publié. Ce n'est pas un défaut des chiffres : c'est leur périmètre, écrit noir sur blanc dans les communiqués eux-mêmes.
Si vous vendez ou achetez hors marché, vous évoluez dans la part qui n'apparaît dans aucune manchette du 4 septembre — et qui apparaît, agrégée et sans titre, dans un fichier mis à jour le 15. Notre page hors-marché explique ce que recouvre ce terme, et le glossaire définit les mots employés ici.
Dilimo ne chiffre le prix d'aucun immeuble en particulier, et ce texte n'en chiffre aucun.